Le Collège des Missions Africaines, fruit de 400 ans d’histoire religieuse et scolaire
Le sud de Haguenau en direction de Marienthal est très humide. À la fin du Moyen-âge, il devait se constituer de fermes aux pâtures inondables. L'une d'entre elles est connue sous le nom de BISENECK.
Au XVI° s : les Bildstein
C'est à la fin du XVI° siècle que l'histoire du site devient féconde. Nous sommes en pleine contre-réforme. Catholiques et Protestants ont de la peine à faire survivre en bonne harmonie, à St Georges, l'école latine de la ville. La chronique des jésuites de Haguenau (1604-1692), auxquels fut confiée la responsabilité de cette école, surprend. Pendant un certain temps, une cohabitation fut possible. Ce fut éphémère, mais prophétique. L'exploit en revient au sénat de la ville. Le terrain actuellement occupé par le Collège des Missions Africaines est à cette époque, une ferme, propriété de la famille praticienne Bildstein de Haguenau. Catholique, elle fit ériger au milieu de ses terres, en 1597, une colonne de grès portant un édicule abritant une statuette de la Vierge et surmonté d'une croix. Ce « Bildstoeckel » existe toujours, rue des cigales, il date de 1597. Barthélemy Bildstein (1590-1651), fut sénateur, puis maire de Haguenau. Il adopta comme armoiries en chevalerie de petite noblesse, le « Bildstoeckel d'or, sur azur, flanqué de deux étoiles d'or, émergeant d'une tréflée émeraude ». Barthélemy avait fait dans sa jeunesse un voyage d'étude en Italie. Il parlait le latin, l'italien, le français et l'allemand. Il manifesta malgré toutes les vicissitudes de l'époque, un très grand intérêt pour l'enseignement. Les archives de la ville en témoignent. Défense de la cause du collège des Jésuites qui faisait concurrence à celui de Molsheim, aides aux élèves peu fortunés et financement de livres, furent de coutume chez lui. Ce fut sa passion. À la mort de son épouse, il lègue la ferme au collège des Jésuites pour les soutenir dans leur mission d'enseignement, et devint frère capucin. La terre a gardé l'empreinte de ce souci, pourrait-on croire. Son fils Augustin, eut à plusieurs reprises de grandes responsabilités dans l'oeuvre haguenovienne des Jésuites. À l'aube du XVIII° siècle, le collège des Jésuites, soutenu par une ville ruinée, s'essouffle. Il ne peut tenir contre les catastrophes diplomatiques et guerrières induites par la rivalité entre l'empire germanique et le royaume de France. L'enseignement n'a jamais rien apporté par lui-même. Personne ne veut payer pour un avenir qui ne lui appartient pas. En 1764, les Jésuites sont expulsés de France, la ferme devient propriété de l'Etat. En 1870, l'Alsace est annexée par le Kaiser. La propriété est transformée en établissement de rééducation pour des jeunes gens en difficulté (1878). On disait à l'époque : « d'Kolonie ». Le bâtiment du collège, en néo-gothique allemand, est antérieur de vingt sept ans au Musée historique de la Ville (1905). La chapelle fut construite en 1909.
1927-1968 : Petit Séminaire Missionnaire de la Société des Missions Africaines
En 1918, l'Alsace est de nouveau française. La propriété redevient bien de l'Etat. En 1927, elle est vendue à la Société des Missions Africaines de Lyon, qui en fait une école apostolique (un séminaire), sous le patronage de Saint Arbogast (ermite et 6ème évêque de Strasbourg, vers 550). On y forme désormais des futurs missionnaires pour l'Afrique. Lors du dernier conflit mondial, ce fut un sanatorium pour blessés de guerre, sous l'égide de la Croix-Rouge allemande. À la libération, le séminaire missionnaire reprit ses fonctions, non sans solliciter les bourgades environnantes pour quêter, pommes de terre ou oeufs, et organiser la kermesse du lundi de Pentecôte. La kermesse existe toujours -le, la jeunesse qui fréquente l'établissement scolaire aussi. Le fondateur de la Société des Missions Africaines est un personnage éminemment moderne : Melchior de Marion Brésillac est né à Castelnaudary, entre Carcassonne et Toulouse, en 1813. Prêtre en 1838, il ne rêve que de missions lointaines. Il devient le premier évêque résident à Coimbatore en Inde. Choqué de voir le clergé divisé par le système des castes, il aurait aimé un peu plus d'équité dans les pratiques pastorales. Il démissionne en 1855 et décide d'aller vers les plus abandonnés de l'Afrique. Homme de trois continents, son oeuvre se poursuit. La Société compte plus de 1000 membres, originaires ou oeuvrant dans 24 pays du monde. En 1968, l'école devient collège pour garçons. En 1981, il devient collège mixte. La quasi-totalité du personnel enseignant est laïque. Une petite communauté de missionnaires reste présente.
L’attention au Tiers-monde est toujours vive dans notre collège.
Par l’intermédiaire des missionnaires de la SMA, toujours actifs en Afrique et en Inde, avec qui le collège des Missions Africaines entretient des liens vivants, les élèves se mobilisent chaque année pour venir en aide à d’autres jeunes plus défavorisés. |